"Le rapport corps-technologie face à la complexité des expériences singulières"

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Corps et prothèses:

vécus, usages, contextes

Cycle n°3 – 2018/2019: Argumentaire

La genèse de ces cycles « Corps et prothèses » part du constat que dans le champ de recherche sur le rapport entre corps et technologie, les thématiques de l’humain augmenté et du transhumanisme prennent depuis plusieurs années une place conséquente [1] dans l’arène médiatique et dans les débats universitaires, mais au travers d’une focalisation basée sur certaines représentations et perspectives souvent très éloignées de la réalité du terrain. Il devient difficile d’évoquer le rapport corps/technologie sans que de nombreux débats se cristallisent sur les problématiques de l’augmentation humaine, des idéologies performatives ambiguës et des controverses promesses/dangers d’un homme futur amélioré. Pourtant, pour les acteurs/trices de terrain (usager·e·s, soignant·e·s, ingénieur·e·s et chercheur·e·s, etc.) confronté·e·s à l’utilisation des technologies d’assistance au corps, le transhumanisme ou le post-humanisme constituent des sujets relativement marginaux. Sans pour autant nier les enjeux et la dangerosité des arguments transhumanistes actuels (Robitaille, 2007 ; Besnier, 2009 ; Le Dévedec, 2015), ni réfuter toute pensée critique sur le technocorps (Musso, Munier, 2013), connecté et augmenté (Biagini, 2012 ; Benassayag, 2016), nous notons qu’un décalage conséquent est perceptible entre les expériences quotidiennes de ces individus avec les technologies à visées thérapeutiques et la polarisation de ces thématiques dans différents débats sur les évolutions technologiques contemporaines. En ce sens, c'est tout un pan de la recherche sur la complexité des expériences entre « son » propre corps et les technologies d’assistance - en sciences humaines et sociales mais également dans les domaines de la santé et de l’ingénierie robotique - qui est relégué au second plan et que nous souhaitons (re)mettre au cœur du débat.

Dans la continuité des deux premiers cycles de séminaires "Corps et prothèses" qui se sont déroulés entre 2016 et 2018, la démarche à nouveau revendiquée lors de ce troisième cycle est de poursuivre nos interrogations sur le rapport organique/technologique au travers de différentes réflexions sur les expériences singulières liées à l’utilisation des technologies d’assistance au corps telles que les prothèses, fauteuils roulants, assistances informatiques et robotiques, implants ou avatars. L’enjeu principal de ce cycle n°3 est de continuer d’ouvrir des fenêtres de discussions sur les diverses expériences avec ces différentes technologies à partir de la notion de terrain, de vécus subjectifs et dans une approche transdisciplinaire aux croisements de la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, l’éthique, l’ingénierie médicale, la médecine, les sciences de la santé et les savoirs expérientiels développés par les personnes concernées.

Différents axes d’étude seront abordés tels que : la multiplicité des expériences corporelles et ressentis singuliers avec les différents dispositifs technologiques d’assistance au corps ; les usages, pratiques, conduites motrices (Warnier, 2005) et processus d’ajustement et d’accommodement (Winance, 2010) développés avec ces dispositifs ; les prolongements, limites et frontières du rapport corps/prothèse ; les représentations, interactions sociales et normes corporelles s'y rapportant ; les questionnements sociétaux qui découlent de l’évolution technologique (anthropotechnie (Goffette, 2006), enjeux anthropologiques de la nouvelle robotique (Denis Vidal, 2015à, éthique synthétique (Dumouchel & Damiano, 2016).

Dans la revendication d’une itération théorie-terrain (Olivier De Sardan, 2013), nous serons particulièrement attentifs au cours de ce cycle, à croiser et articuler les diverses recherches-témoignages sur les expériences du corps « prothésé » avec une double réflexion théorique-critique des enjeux thérapeutiques et dérives anthropotechniques. Autrement dit, la finalité de ces journées est de mettre en lien et en confrontation les différentes facettes d'une même réalité, afin d'en améliorer la compréhension et les connaissances par la collaboration entre les disciplines, les approches, les expériences et les identités multiples.

Espace de rencontres, d’échanges, de réflexions et de co-construction de savoirs, ce cycle n°3 qui se déroulera au travers de deux colloques et une journée d’étude au cours de l’année universitaire 2018-2019 est ouvert à toutes et à tous les étudiant·e·s et chercheur·e·s universitaires, ingénieur·e·s, praticien·ne·s, usager·e·s, personne·s militante·s et/ou association·s portant un intérêt à ces questionnements vis-à-vis des expériences singulières corps/technologie


[1] Pour compléter notre propos sur la médiatisation actuelle du transhumanisme, nous pouvons souligner la multiplication d’ouvrages publiés ces dernières années à ce sujet et dont certains invitent à une profonde critique tels que « La révolution transhumaniste » (Ferry, 2016), « Le transhumanisme » (Jousset-Couturier, 2016), « Les premières victimes du transhumanisme » (Le Méné, 2016), « Technoprog. La contre-culture transhumaniste qui améliore l’espèce » (Cœurnelle & Roux, 2016).

Bibliographie